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Le portrait du jeudi - 14.04.2016


[Info média] BGL Ligue Story – Journée 21 – F.C. Differdange 03 vs F.C. Progrès Niederkorn – Vendredi 15/04/2016 à 19h30 au stade Municipal d’Oberkorn. Le journal Le Quotidien préface le derby avec le portrait de la semaine de notre capitaine Ismael Bouzid. Le guerrier du désert évoque son parcours, sa situation actuelle ainsi que son envie de terminer sa carrière au Progrès. Il pose devant le drapeau de notre fan club le BYB de façon à rendre hommage à nos supporters qui sont toujours présents.



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Repères: 32 ans, né le 21 juillet 1983 à Nancy Marié, 1 enfant



Clubs successifs : FC Metz (2001-04), Union Berlin (2004/05), Mouloudia Alger (2005/06), K'slautern (2006/07), Galatasaray (2007/08), Troyes (2008/09), Ankaraguçu (2009), Heart of Middlothian (2009-11), PAS Giannina (2011/12), Baniyas (2012), USM Alger (2012/13), Kilmarnock (2013), Progrès Niederkorn (2014-?)



Palmarès : Coupe Gambardella (2001), Coupe d'Algérie (2006), champion de Turquie (2008)



ISMAËL BOUZID n'a aucune chance de trembler avant son premier derby differdangeois «à l'extérieur». Il est le seul joueur de DN à avoir déjà évolué devant 90 000 spectateurs, ou à avoir affronté Messi ou Ronaldinho...



Texte : Julien Mollereau Photo : Julien Garroy



Jusqu'en 2014, la vie d'Ismaël Bouzid tenait dans quatre malles en ferraille. Il les a trimbalées sur trois continents, dans huit pays, avec douze clubs, qui, la plupart du temps, mettaient un meublé à sa disposition. Attention, des meublés de pro : au SC Baniyas, à Abu Dhabi, il avait même une piscine sur le toit. Depuis un an et demi et son arrivée à Niederkorn, dans un logement forcément moins bling-bling, les malles dorment au grenier et il en vient à se dire «qu'elles ne vont plus resservir». Après tout, tant mieux : Sarah, son épouse, rêvait de se poser enfin.



Ces deux-là se sont rencontrés tout jeunes, alors qu'Ismaël construisait son rêve au centre de formation du FC Metz. Son père, Khaled, terrible attaquant qui fera le bonheur de Pont- à-Mousson, avait échoué bien des années auparavant à se voir offrir un contrat pro à l'ASNL parce que de nationalité algérienne et bloqué par des quotas. Imprimeur, il perdra un œil dans un accident de travail et entamera avec succès une formation d'éducateur sportif. Une jolie reconversion, mais pour ses fils, il n'était pas question de rester en rade. «Il nous a transmis cette faim qui est essentielle quand tu es un émigré algérien», synthétise le capitaine niederkornois. Khaled a bien fait : l'aîné, Farès, est aujourd'hui à la direction du centre de formation de Troyes. Le benjamin, Adam, a bourlingué en D3 anglaise et a fini par rejoindre Pirmasens, en Regionalliga. Pour le cadet, ce sera une autre histoire... Elle commence à Tomblaine, à quelques minutes à pied du stade Marcel-Picot. Le petit Ismaël, par des moyens qu'il estime devoir rester obscurs, parvient régulièrement à s'inviter en tribunes aux matches de l'ASNL. Là, il s'extasie devant les Tony Vairelles, Mustapha Hadji, David Zitelli et Cédric Lécluse, aujourd'hui ses coaches. «J'ai souri en apprenant leur arrivée au Progrès. Mais je ne leur ai jamais dit que je les regardais de derrière le grillage et que j'étais si impressionné, quand j'étais gamin, d'être là, à cinq mètres d'eux.»



Cinq à six ans plus tard, fini le supportariat : première émotion de footballeur. Il remporte avec la génération dorée des Agouazi, Obraniak, Butelle, Adebayor, Béria (mais aussi Julien Humbert, du F91), la Coupe Gambardella puis, quelques semaines plus tard, réalise un doublé historique que personne n'avait jamais fait dans l'Hexagone, en battant le Bordeaux de Marouane Chamakh en finale du championnat. Ce nom reviendra plus tard dans l'histoire. Souvenez-vous en, car de leur deuxième rencontre naîtra un surnom... En attendant, Ismaël a donné raison au paternel : le travail, ça paye. C'est ce qu'il se répétait, seul, sur le chemin du retour de la virée estivale au bled, laissant sa famille derrière lui. Chaque été, la famille Bouzid montait en effet en voiture, direction Marseille. Puis 20 heures de bateau jusqu'à Alger, où Ismaël se goinfre de galettes préparées maison, se baigne à la plage près de Zeralda, part faire des balades en âne du côté de Gare Aomar, en grande Kabylie, ou s'émerveille tout simplement depuis le balcon de tata, qui surplombe le stade du 5-juillet-1962. Khaled s'y entend à transmettre l'histoire et explique à son fils l'importance de cette enceinte, baptisée de la date de l'indépendance du pays. Il faut dire qu'en pleine guerre d'Algérie, le grand-père, sorti sur son perron, avait été embarqué par une patrouille française. «Et plus personne ne l'a jamais revu», raconte Ismaël.



«Quand tu vois au journal télé, en direct du stade, qu'il y a déjà 65 000 personnes à 11 h du matin pour un match à 21 h, là, tu sais que tu n'as pas le droit de te planter»



Forcément, enfiler le maillot de la sélection, plus tard, lui mettra les larmes aux yeux au moment des hymnes. Surtout que sa 1re sélection, il l'honore sous les fenêtres de la fameuse tante, devant 90 000 spectateurs. «Mais mon plus grand souvenir, c'est à Annaba que je l'ai.» C'est là, le 27 mars 2011, qu'il écrit une partie de la légende qui lui permet encore aujourd'hui d'être reconnu à Alger. Il faut en effet une victoire aux Fennecs contre le meilleur ennemi marocain pour valider son billet pour la CAN. Bouzid a refusé que sa famille vienne au stade. «Trop dangereux. J'avais peur pour eux. Il y avait eu des blessés lors de la vente des billets. Des gens qui en avaient s'étaient même fait attaquer.» Tout le monde veut voir ça. «Quand tu vois au journal télé, en direct du stade, qu'il y a déjà 65 000 personnes à 11 h du matin pour un match à 21 h, là, tu sais que tu n'as pas le droit de te planter.» Il ne se plantera pas. L'Algérie gagne 1-0 et il fait vivre un cauchemar à... Marouane Chamakh, y gagnant dans les médias le titre de «guerrier du désert». Une toute petite légende, mais sa légende.



Sous le maillot algérien, Bouzid va encore affronter l'Argentine de Messi au Camp Nou, en amical. Et aussi le Brésil de Ronaldinho à Montpellier. Le fantasque génie auriverde, ce jour-là, lui fera moins peur que le rubicond Loulou Nicollin, célébrissime président du club local et grand collectionneur de maillots. «Ronaldinho m'avait promis le sien et voilà Nicollin qui débarque et exige de l'avoir. Heureusement, Ronaldinho lui répond qu'il me l'a déjà promis, qu'il lui en enverrait un autre. De toute façon, je ne l'aurais jamais laissé l'avoir!»



Il en a plein d'autres des souvenirs, «Isma». Des qui se touchent : maillots de Ballack et Sagnol, qu'il a rencontrés avec Kaiserslautern. D'autres de Drogba et Nasri, qu'il a croisés en amicaux. Mais aussi un trophée du plus beau but de la saison en Écosse, pour une tête plongeante inscrite avec Hearts contre le grand Celtic Glasgow. Ou encore une photo médaille, autour du cou, avec Abdelaziz Bouteflika, le président algérien, à la suite d'une finale de Coupe remportée avec le Mouloudia. Elle trône dans le salon parental, à Tomblaine



Il y en a qui sont plus impalpables. Comme avoir marqué lors du derby d'Alger contre l'USMA, une rencontre qui fait passer le Differdange - Progrès de demain pour un aimable rassemblement de boy-scouts : «C'est une marée humaine. Quand tu marques là, dans ce stade, tu as vraiment la sensation que quelque chose vient d'exploser.»



Il n'a finalement qu'un regret : avoir commencé la campagne qualificative au Mondial-2014 comme titulaire, mais s'être blessé et avoir disparu du groupe qui partira quelques mois plus tard au Brésil, et fera un 8e de finale contre l'Allemagne.



C'est bien parce qu'il n'en a pas encore assez de vivre ce genre de moments qu'il espère toujours retrouver l'Europa League. «Parce qu'on ne sait jamais», et aussi parce que quand il a vu les plus jeunes de ses coéquipiers niederkornois s'extasier de jouer contre le petit Shamrock Rovers, cela l'a attendri : «Moi aussi j'ai eu 19 ans et j'ai vécu ce genre de trucs comme un grand kif. J'étais donc heureux pour eux, je respectais cette joie.» En attendant de se fabriquer ses derniers souvenirs, Ismaël Bouzid a inscrit sa petite fille à l'école de Niederkorn pour la rentrée prochaine et déballe des cartons ceux qu'il s'est déjà faits. «J'attendais la fin pour le faire», mais force est de constater qu'elle n'est pas encore près d'arriver, et que ce sera de toute façon au stade Jos-Haupert qu'elle surviendra.


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