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«On ne peut plus tenir une comptabilité sur un bout de papier» - 18.03.2015

À 45 ans, le directeur de TracolImmobilier ne manque pas de projets et assume la voie vers la professionnalisation empruntée par son club.

Quelle est la part qu'occupe le Progrès Niederkorn dans votre vie?



Fabio Marochi : Cela représente entre quinze et vingt heures par semaine. Une bonne partie de mes déjeuners sont consacrés au club. Entre midi et 14 h, j'invite des gens à manger et j'essaie de les motiver à nous rejoindre.



Le derby contre Differdange, qui plus est à la maison, est-il le pic de votre saison?



Non, le pic, il arrivera à la fin du championnat si on réussit à se qualifier pour l'Europa League. Cela fait plus de trente ans que le club n'a plus participé à une Coupe d'Europe. Depuis 1981 il me semble... Ce serait l'apothéose. On a tourné autour de ça ces dernières années, j'espère que cette fois sera la bonne.



C'était un objectif que vous vous étiez fixé à votre arrivée à la tête du club?



Quand on a repris le club en 2009, on avait un plan quinquennal, un peu comme en politique. Après cinq ans, le but était d'atteindre le top 5. On a terminé 5 e , à un point de l'Europe, bon, objectif rempli. On a amorcé un deuxième plan quinquennal cet été, qui s'étend donc jusqu'à 2019. Pourquoi 2019? Parce que le Progrès Niederkorn aura 100 ans. Clairement, ce qu'on veut, c'est un titre, que ce soit le championnat ou la Coupe. On sait que la concurrence est rude mais il faut bien se fixer des objectifs. Et pour y arriver, il faut s'en donner les moyens.



À ce propos, combien d'argent avez-vous injecté ces dernières années?



C'est sûr que je mets de l'argent, mais difficile de dire combien. Au-delà de l'argent, je mets mon carnet d'adresses à la disposition du club, je donne du travail à des joueurs... Voilà pourquoi c'est difficile de donner un chiffre. Je sais juste que, depuis 2009, le budget est passé de 250 000 à 600 000 euros. Mais il ne concerne pas seulement l'équipe première mais aussi le département des jeunes. On a également plus d'entraîneurs qualifiés, de gens qui s'occupent du domaine comptable, de l'administratif. Tout ça, c'est vraiment nécessaire. Par exemple, pour faire une licence UEFA, même un comptable ou un juriste professionnel a du mal. Alors les bénévoles, il y en a au club et ils sont indispensables, mais dans certains domaines, on a besoin de gens qualifiés. À l'avenir, les clubs qui n'ont pas compris ça n'existeront plus.



Pourquoi avez-vous abandonné votre fonction de président en 2012, si c'est pour être encore plus actif en tant que sponsor principal?



J'ai accepté d'être président pour dépanner, car il n'y avait personne d'autre. J'ai prévenu que je resterai maximum cinq ans. Je n'avais pas le temps d'assurer la gestion journalière du club. Marcel Bossi a accepté de prendre le relais en 2012 et il remplit parfaitement son rôle. On ne peut jamais avancer seul. Le club ne serait rien aujourd'hui sans Henri Bossi, notre directeur sportif, ainsi que Thomas Gilgemann, qui s'occupe du marketing et aussi du sportif. Un club de foot se dirige comme une société. Même au Luxembourg...



Vous avez l'air assez à l'aise pour parler d'argent, ce qui est loin d'être le cas partout. Certains clubs n'assument pas le fait d'avoir de gros moyens...



Je ne veux pas me mêler des autres mais voilà, nous, on a un budget de 600 000 euros et des clubs comme le Fola, le F91 ou la Jeunesse ont le double, le triple, voire cinq fois notre budget. Quand je les entends dire en début de saison qu'ils ont 1 ou 1,2 million d'euros, je dois avouer que je rigole. On sait comment ça se passe. On est tous plus ou moins en relation avec les mêmes joueurs. Je sais à quel moment un joueur est prêt à lâcher le morceau. Alors quand il signe dans un autre club, je devine qu'il a reçu une offre plus intéressante que la nôtre.



Votre quête de professionnalisation est-elle compatible avec un championnat encore très amateur?



Se professionnaliser, ça ne se matérialise pas que par la venue de bons joueurs. Il faut être crédible par rapport aux sponsors qui veulent nous donner un coup de main. Pour revenir à l'administratif, aujourd'hui, on ne peut plus tenir une comptabilité sur un bout de papier, comme ça pouvait se faire dans le temps.



Comment vous y prenez-vous pour charmer les sponsors?



Je leur explique que leur argent ne va pas servir à payer des mercenaires. L'équipe une, c'est 35 à 40 % du budget, pas plus. Certaines personnes veulent de la pub pure et dure et une vraie visibilité, d'autres préfèrent simplement faire un don pour payer les maillots d'une équipe de jeunes. On a besoin de tout le monde et croyez-moi, ça prend du temps.



Le modèle auquel vous aspirez existe-t-il au Luxembourg?



Je pense que le foot va évoluer. Ce sera peut-être dans dix ans. Les clubs qui se démarquent devront alors jouer à l'étranger. D'un point de vue sportif, l'écart va s'accroître entre les clubs qui auront accepté de vivre avec leur temps et les autres. Au Luxembourg, il n'y a pas les droits TV qu'il peut y avoir dans les pays voisins. Pourquoi ne pas intégrer un championnat étranger? Chez nous, il n'y a pas des masses de spectateurs. La manière dont le foot est présenté ne permet pas de développer son attractivité. À l'avenir, il faut que le Luxembourg soit notre championnat régional, mais que quelques clubs franchissent la frontière. Je suis quelqu'un qui aime évoluer.



Mécène, patron de certains joueurs, grosse activité dans l'immobilier, origines italiennes, fan d'un club milanais... Vous sentez-vous proche de Flavio Becca?



Je ne pense pas. Même s'il n'est pas président officiellement, il me semble qu'il est plus présent que moi au quotidien. Moi, je ne téléphone jamais à l'entraîneur en lui demandant de titulariser les joueurs A, B, C et D. Je n'appelle pas le président pour lui dire : "La Thüringer, tu la mets à trois euros au lieu de deux." Après, il faut reconnaître que si le foot luxembourgeois a évolué dans une bonne direction, c'est aussi grâce à Dudelange, qui a fait venir des joueurs de l'étranger, comme Tony Vairelles par exemple, pour rendre le championnat attractif. Mais bon, moi je suis quelqu'un de fair-play. Ça me dérange d'entendre crier : "Je suis champion du Luxembourg". Quand tu roules avec une Ferrari et l'autre avec une Clio, forcément...



Vous parliez de Thüringer. On vous a déjà vu au fourneau les jours de match...



Le club, je le connais de A à Z. Il m'est arrivé de rendre service aux grillades, effectivement. Je me suis même surpris à faire du nettoyage dans un couloir. Parfois, je me dis : "Mais pourquoi tu fais tout ça?"



Le Quotidien vom Mittwoch, 18. März 2015


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