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Amis? Non, ami, c'est un grand mot - 12.09.2014

BGL LIGUE Henri Bossi et Maurice Spitoni sont directeurs sportifs du Progrès et du FCD03. Le derby de dimanche, ils le vivent et le préparent de manière diamétralement opposée. Mais avec la même histoire commune, celle d'une ville naguère coupée en trois et aujourd'hui scindée en deux



«Je suis sûr que Henri sera stressé dès dimanche matin. Moi, ça ne commencera qu'au coup de sifflet de l'arbitre.» Maurice Spitoni vient de l'AS Differdange et est un poil plus étranger aux vieilles querelles entre gros clubs de la ville (Progrès et Red Boys) que son homologue niederkornois, Henri Bossi, qui a passé toute sa vie à se bagarrer avec les «rouges». Il n'empêche, sous des dehors de civilités, ces deux-là arrivent quand même à se balancer des vacheries ou même, pour de vrai, à se tirer la langue quand l'autre (c'està-dire Spitoni) a le dos tourné...



L'un, Henri Bossi, porte sur lui, physiquement, les traces de son amour pour le club. L'autre, Maurice Spitoni, affecte un détachement dont on se demande s'il est calculé ou réel. S'il est arrivé au rendez-vous avec un splendide tshirt jaune (une hérésie pourrait- on croire à trois jours d'un derby), il s'était fendu d'une petite pique, au téléphone, pour la prise de rendez-vous avec Henri Bossi : «Henri qui?» La première salve des hostilités.



Quel est votre premier souvenir l'un de l'autre?



Maurice Spitoni : Alors là, je ne sais pas, il y en a tant... Henri Bossi : Mais sur un terrain? Bah... Moi, je me rappelle d'une rencontre à l'avant-dernière journée du championnat. Maurice était coach de l'AS Differdange et s'ils gagnaient, ils jouaient la montée lors de la dernière journée contre les Red Boys.



Et?



H. B. : Et on a gagné!



M. S. : Du coup, c'était l'Aris qui était monté!



H. B. : Les Red Boys aussi.



M. S. : Ah, il y en avait deux qui montaient à l'époque?



Quel est le derby qui vous a le plus marqué?



H. B. : Moi, forcément la finale de 1978 contre les Red Boys. On avait fait 4-4 lors du premier match et le deuxième, on l'avait remporté 3-1. Il y avait 6000 personnes sur chacun des deux matches. Mais c'était une autre époque. J'avoue que récemment, la victoire 3-2 au Thillenberg (NDLR : le 21 mars 2012, avec trois buts inscrits en trois minutes) alors qu'on était menés 2-0 m'a marqué elle aussi : on ne sait toujours pas comment on a fait. (en se tournant vers Maurice Spitoni) Toi, ça doit être le 4-0...



M. S. : Ah oui, avec l'ASD, c'était la première fois qu'on parvenait à battre une grosse équipe. C'était sur ce terrain où le point de corner était juste à côté de la buvette. Ça rentrait à tous les coups! Je me souviens aussi d'un succès 3-2 dans les années 80 ou même 90 : le terrain était un champ de boue!





Vos clubs respectifs, vous les aviez choisis, ou vos proches vousles avaient imposés?



H. B. : Moi, je suis arrivé ici à l'âge de 4 ans en provenance de Mertzig. Mon père travaillait à l'ARBED et on habitait rue Pierre-Gansen, vis-à-vis du terrain, donc...



M. S. : Moi pareil. J'habitais à trois mètres du terrain. Trois mètres, pas plus. Et quand je suis devenu instituteur au Fousbann, c'était logique de commencer à entraîner là.



Qu'est-ce que vous enviez à l'autre club?



H. B. : Rien! 



M. S. : On est bien dans nos clubs!



(Sophie, la serveuse de la buvette du stade Jos-Haupert, intervient dans la conversation : "Ils voudraient sûrement Sophie pour la buvette de Differdange!", Maurice Spitoni, surpris, se relève sur sa chaise et la regarde).Tiens, on en reparle un de ces soirs!



H. B. : Chacun travaille avec ses moyens. Mais moi je ne changerais pas cet emplacement qu'on a. Et nous, on est patrons de notre stade (NDLR : le Parc des Sports d'Oberkorn est le fruit d'un partenariat privé-public).



M. S. : Moi, le stade Jos-Haupert, c'est pour venir promener mon chien! Non, je plaisante : je n'y viens jamais...



Bon alors quel joueur enviezvous à l'autre?



H. B. : Facile : Omar Er Rafik. Et uniquement Omar Er Rafik. Ils ont de bons joueurs à chaque position là-bas, mais nous, c'est ce profil-là qu'on recherche, un gars capable de mettre quinze buts en une saison.



M. S. : Moi personne.



Même pas Ferino, que vous n'aviez pas signé durant l'hiver 2012 et qui avait été la révélation de la saison passée avec le Progrès?



M. S. : Ferino? Non, on ne regrette pas. À l'époque, on avait deux jeunes du club à cette place. Le poste était occupé.



Et ces deux jeunes ont été relégués sur le banc par deux joueurs français...



Oui, mais Ante Bukvic, c'est son master qui lui occupe l'esprit. Il en a jusqu'au 6 octobre. Après, on verra bien.



Cet été, Marc Thomé, le coach du FCD03, a failli devenir "jaune". Pour lui qui a été "rouge" en tant que joueur, on aurait pu parler d'anormalité?



H. B. : Ce n'est pas pareil : il a été au CS Oberkorn avant d'aller aux Red Boys.



M. S. : Et après, il est parti à la Jeunesse...



H. B. : Et à Grevenmacher!



M. S. : Oui mais c'était après la Jeunesse. Puis il est revenu à Oberkorn.



H. B. : Enfin bon, non, ce n'aurait pas été un problème. Paolo Amodio a bien entraîné chez nous!



M. S. : Oui mais ce n'est pas pareil. Lui, ce n'était pas un rouge, c'était un blanc (NDLR : formé à l'ASD).



H. B. : Oui mais il était passé par le FCD03 à la fin. Pourtant, il ne l'a jamais senti en venant ici. Normal, son père était un de nos plus grands fans. Il était toujours fourré au stade, chez nous.



Mais il l'a inscrit à l'ASD?



M. S. : Ben oui, puisqu'il habitait au Fousbann. Qui l'aurait conduit au foot le jeune?



Un derby differdangeois, vous en parlez avec qui durant la semaine qui le précède?



H. B. : Moi, avec mon coach, Olivier Ciancanelli, puisque c'est moi qui suis censé superviser les équipes. J'aime avoir cette approche tactique d'un derby. Là, forcément, on en parle un peu plus longtemps qu'un autre match. Surtout celui-là : si on le gagne, ça nous fait combien de points d'avance? Sept, c'est ça Maurice?



M. S. (qui acquiesce) : C'est ça... Moi, je n'en parle avec personne. J'ai une rentrée scolaire à préparer. J'ai d'autres choses en tête que le derby et de toute façon, on a un coach pour ça. Je vous signale qu'il n'est que dimanche, le derby...



Mais vous n'êtes pas en retraite?

M. S. : Si, depuis octobre 2013, mais je continue.

H. B. : Moi, c'est bientôt. Après, j'aimerais bien organiser plus de séances d'entraînements pour les jeunes du club et des stages durant les vacances scolaires.

Vous avez des amis de l'autre côté, dans le club "ennemi"?

M. S. : Des amis? Non. Amis, c'est un grand mot.

H. B. : Disons qu'on a des connaissances.

M. S. : Oui c'est ça, des connaissances.

H. B. : Dans le temps, on se bagarrait sur le terrain, puis on se retrouvait tous à la discothèque Le Happening. C'est là où tous les joueurs du coin allaient.

M. S. : Moi je n'y allais pas! Nous, on retournait au Fousbann. On n'avait rien à foutre là-bas. Le Happening, c'était pour les gars des Red Boys et du Progrès. Nous, on était deux divisions en dessous. L'ASD, c'était un petit club de quartier, mais qui formait les meilleurs joueurs de tout Differdange. Ils étaient tous chez nous, et puis après, les gros clubs les achetaient.



Combien vous en avez acheté, hein Henri?

H. B. : La plupart filaient plutôt à la Jeunesse!

M. S. : Et chez vous...

Aujourd'hui, ils en sont où vos clubs?

M. S. : Nous, on a reconstruit en récupérant des anciens de Differdange, comme Marcel Christophe, Paolo Amodio... Et maintenant... on n'en a déjà plus. Question de formation. Le seul club formateur à Differdange, c'était l'ASD. On a remis ça en place avec le FCD03, mais ça prend du temps.

H. B. : Ils ont fait un bon parcours depuis la fusion et avec un peu d'argent, ont acheté de bons joueurs luxembourgeois. Ils ont encore de l'avance. Nous, pour refaire du retard, il faut qu'on joue une Coupe d'Europe. Disons dans les deux ou trois prochaines années.



Mais qui est en position de force aujourd'hui, avant le derby?

M. S. : Pour le moment, c'est eux. Non seulement ils ont quatre points d'avance, mais en plus, je les ai vus deux fois deux mi-temps depuis le début de la saison : une fois contre le Fola (NDLR : victoire 1-0) et récemment contre le FC Metz en amical (NDLR : 1-1). Deux matches très très bons. Pourtant, c'est le FCD03 qui peut, aujourd'hui, de façon à peu près légitime, clamer qu'il peut jouer le titre...

H. B. : Ils sont toujours assez proches ces dernières années.

M. S. : Disons que pour nous, la différence avec les gros clubs n'est plus la même qu'il y a cinq ou six ans. Et si l'un de ces clubs a une faiblesse...

H. B. : Nous, le titre, c'est encore très loin. On a parfois entendu des joueurs du FCD03 proclamer que vous vous feriez raser votre légendaire moustache en cas de titre...

M. S. : Mais Philou Lebresne s'y est déjà attaqué une fois! Quand il avait marqué du pied gauche sur un match contre Mamer. J'avais été quitte pour une demi-moustache!

H. B. (qui sourit) : Moi, je ne l'ai jamais connu sans moustache. Il était déjà comme ça dans le temps!

M. S. : Mais c'est que j'y tiens à ma moustache!

Mais en cas de titre?

M. S. : Non, elle est importante pour moi! J'y tiens! Avec ma gueule, si on me la coupe... Les anciens disent souvent que "c'était mieux avant".



Vous pouvez nous trouver des raisons de penser que le derby de dimanche sera au moins aussi palpitant que ceux du siècle dernier?

M. S. : Je n'ai pas l'habitude de vivre dans le passé. Ce derby, bien sûr que ça va être un bon moment.

H. B. : Pourquoi le préférer? Mais parce qu'on est premiers au classement et que même si on perd, on restera devant eux. En plus, la trêve internationale nous a permis de retrouver l'intégralité de notre effectif. On ira chercher le match nul là-bas. 1-1.

M. S. : Moi je dis qu'on va s'imposer avec un but de différence.



 



 


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