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«De l'eau, je n'en bois pas beaucoup» - 11.09.2014

BGL LIGUE Bon vivant assumé, l'attaquant du Progrès Lévy Rougeaux s'épanouit pleinement dans un championnat qui se trouve à mi-chemin entre le monde pro et l'amateurisme pur et dur.



Itinéraire d'un homme parti de la Division 10 française et qui compte un titre de champion du Luxembourg. Sans jamais renier son amour pour les bonnes tables.



Lévy Rougeaux est ce que l'on appelle un chic type. Il suffit d'aller au stade Jos-Haupert pour mesurer sa cote de popularité et voir qu'à la question "Vous l'aimez bien, Rougeaux?", un pouce levé fait office de réponse. Mais il ne faut pas se tromper : c'est parce qu'il est un très bon footballeur que les clubs dans lesquels il a mis les pieds lui ont donné l'occasion de montrer qu'il était un bon camarade. Rougeaux a une astuce pour se mettre les clubs dans la poche : répondre présent au moindre rendez-vous. À la Jeunesse, où il passa trois années (de 2007 à 2010) avec un titre de champion pour finir (la seule ligne à son palmarès), Rougeaux entre en jeu à la mi-temps, dès la 1re journée à Beggen, et livre une passe décisive (victoire 2-1). Il marque dès sa première titularisation en Division Nationale, le week-end suivant contre Hamm (1-1). Quand il rejoindra le RFCU à l'été 2010, il validera son intégration dès la 22e minute en offrant une passe décisive à Johan Bellini. Quand on parle du loup... «Des joueurs hyper doués techniquement comme Bellini m'ont félicité sur mon jeu, m'ont dit que je n'avais rien à faire au Luxembourg », raconte le n° 29 du Progrès. Partageant le même avis que Bellini, Olivier Baudry, l'ancien pro passé par la Jeunesse, a failli bouleverser la carrière de Rougeaux.



Dimanche 19 octobre 2008, stade de la Frontière. Lévy Rougeaux tient à participer à un quelconque Jeunesse-Steinfort. Son coéquipier Olivier Baudry s'est mouillé pour lui dégoter un essai deux jours plus tard à Aarau, en D1 suisse. Jacques Muller, son coach, lui propose pourtant de souffler, mais Rougeaux insiste. À l'heure de jeu, il sort sur une civière, effondré, victime d'une rupture des ligaments croisés, la seule blessure de sa carrière. Pour le symbole, c'est Olivier Baudry qui le remplace. Le train ne repassera pas une deuxième fois. «C'est mon seul regret, consent-il. Mais j'aime tellement le foot que je voulais jouer.» C'est la même logique qui animera Rougeaux au moment de quitter la Jeunesse. «J'aurais pu jouer deux matches contre l'AIK Stockholm. Du coup, je n'ai jamais joué de matches de Coupe d'Europe, c'est ce qui me manque un peu. Ça ou une victoire en Coupe», rêvasse-t-il.



Lévy Rougeaux illustre bien le tableau du championnat luxembourgeois, où peuvent se côtoyer des joueurs venus de nulle part et d'autres avec un solide bagage professionnel. S'il n'a pas réussi à se frayer un chemin chez les pros, il a bien roulé sa bosse du côté des amateurs, de l'autre côté de la frontière. Alors qu'il gâche son talent mais pas les troisièmes mitemps à Mercy-le-Bas dans l'équivalent de la 10e division française, Franck Dydkiewicz, un ami qui évolue à Clemency (Division 2, soit le 4e échelon grand-ducal), organise un match amical pour le «sauver» des abysses du foot français.



«J'avais 21 ans, je marquais entre 30 et 40 buts par saison, j'étais bien avec mes copains. Le foot, pour moi, ça a toujours été ça : jouer avec les potes», confie-t-il. Le match amical fonctionne comme prévu selon les plans de l'ami, Mercy-le-Bas gagne 3-1, Rougeaux inscrit les trois buts. Direction Clemency, donc. «J'avais 200 balles par mois, j'ai mis 35 buts alors que je ne jouais même pas devant », rigole-t-il.



La magie du Luxembourg opère alors. Differdange, Käerjeng et la Jeunesse ont eu vent de ses performances et la Vieille Dame convainc vite Rougeaux de rejoindre Esch.



«Au début, je faisais un vrai complexe d'infériorité quand je voyais que des gars étaient formés à Amnéville, Metz, tout ça. Je me disais : "Je vais être ridicule". » Rougeaux a finalement toujours réussi à hisser son niveau un peu plus haut : «Mon père vient me voir à tous les matches, c'est une petite fierté d'avoir réussi au Luxembourg. Je partais vraiment de loin...»



Tout ça s'est fait sans pour autant qu'il ait une hygiène de vie de moine. «Je suis très casanier mais de l'eau, je n'en bois pas beaucoup. J'aime le vin, la bière. Je vais vous dire un truc : il m'est déjà arrivé de bouffer une pizza et demie et de m'enfiler un litre de Coca avant un Progrès- Differdange », claironne-t-il. Arrivé à Niederkorn en 2012, Rougeaux a fait du Rougeaux. Pour sa première chez les Jaune et Noir, il sauve l'honneur des siens en claquant un but dans le derby à Differdange (défaite 2-1). Est-ce ce jour-là qu'il s'était nourri comme un adolescent? Ou bien la saison suivante, lorsqu'il offra la victoire au Progrès sur le même terrain, face au même rival, avec un but et une passe décisive à la clé? Ce qui est sûr, c'est que l'air differdangeois réussit à Rougeaux. Ça tombe bien, un Differdange-Progrès est au programme dimanche.


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