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«Capitaine? Etre là pour les autres avant d'être là pour soi» - 04.09.2014

Thomas Gilgemann a porté le brassard pendant huit ans



Deuxième partie des une-deux de Caza. L'invité de l'ancien entraîneur de Dudelange est Thomas Gilgemann, désormais relais officiel de Fabio Marochi au niveau finance, trésorie et sponsoring au Progrès. Le défenseur nous parle du capitanat et de sa symbolique.



• Thomas, c'est quoi un bon capitaine?



Il en existe plusieurs types. Je suis supporter de l'AS Saint-Etienne où Loïc Perrin est capitaine. C'est un garçon assez réservé, mais qui montre l'exemple sur le terrain. Il rallie l'ensemble de l'équipe à sa cause. Moi, j'étais un capitaine assez proche de mes coéquipiers. A l'écoute de leurs besoins. C'est le rôle primordial du capitaine: être là pour les autres avant d'être là pour soi. Perrin montre l'exemple sur le terrain. Pas seulement par ses performances, mais par son comportement sur le terrain. Il doit être irréprochable puis guider ses partenaires en leur disant ce qu'ils peuvent faire et ce qu'ils ne peuvent pas faire.



• Le capitaine est-il automatiquement le patron du vestiaire?



Un capitaine est forcément un leader. Quelqu'un qui assure un lien fort avec l'entraîneur. Son relais sur le terrain. Que l'on soit d'accord avec ses choix ou pas. Ces explications viendront par après, mais il ne faut jamais montrer de désaccords devant le groupe. Pour ma part, j'ai eu le brassard à 22 ans au Progrès avec des garçons comme Chaillou et Camara dans l'équipe. Ils avaient dix ans de plus que moi. Ce n'était pas chose évidente, mais j'avais besoin d'eux. N'avoir qu'un seul patron dans l'équipe n'est pas une bonne chose. Il faut pouvoir compter sur trois ou quatre joueurs capables de prendre la parole pour tirer le groupe vers le haut. Car capitaine ou pas, on reste un homme. Pas infaillible.



• Quand vous avez hérité du brassard, avez-vous pris ce rôle tout de suite à cœur?



J'ai eu le brassard six mois après être arrivé au Progrès. J'avais une bonne relation avec les Luxembourgeois présents au club et je connaissais tous les Français comme Chaillou et Kauffmann notamment. Je pense en avoir hérité parce que j'étais exemplaire à l'entraînement et que mes performances étaient correctes. Mais à cet âge-là, c'était davantage un lien. Avec l'expérience, ce rôle évolue. J'avais beaucoup plus tendance à être un aboyeur par le passé. J'ai gardé un peu ce côté en essayant de le réduire. La gestion humaine, c'est tout un art. Et encore un peu plus dans le football qu'ailleurs.



• Vous aviez donc la cote auprès du comité. Mais quel est l'entraîneur qui vous a confié le brassard?



A l'époque, c'était Olivier Ciancanelli l'entraîneur. Il m'avait recruté à Amnéville en tant qu'arrière-gauche, mais ce n'est pas lui qui m'a donné le brassard parce qu'il a quitté rapidement le club en raison de désaccords sur les structures. Lex Wilhelm avait fait le pompier de service comme souvent. Il m'avait confié le brassard juste avant un match à Käerjéng. Ce fut une grande fierté de le porter pendant les huit années passées au club.



• Un latéral gauche capitaine, c'est assez rare, non?



Comme défenseur central, on a une vue d'ensemble qui permet de beaucoup mieux diriger ses partenaires que sur un côté. Guider l'ailier droit en tant que latéral gauche, c'est un peu complexe. J'ai d'ailleurs eu cette discussion avec Jonathan Rigo qui a hérité du brassard cette saison et qui est latéral droit. J'en reviens donc au rôle de relais. De Sousa et Rougeaux prennent souvent la parole.



• Un gardien de but peut-il être un bon capitaine?



Je ne sais pas s'il y a un bon ou un mauvais poste pour exercer la fonction, mais défenseur central, c'est bien. Un gardien, c'est quand même atypique avec de nombreuses heures d'entraînement en semaine passées en petit comité. Ce n'est pas forcément idéal. Un milieu défensif, c'est bien aussi comme Souto au Fola qui est vite devant, vite derrière et qui fait ça très bien. Totti, à la Roma, semble irréprochable alors qu'il occupe une position plus avancée. C'est un autre type de capitaine, efficace dans ses performances et qui tire l'équipe vers le haut de cette façon.



• Discutiez-vous avec vos anciens coaches en début de semaine des problèmes rencontrés le week-end?



Ça dépendait des entraîneurs! J'en ai vu défiler au Progrès. Huit en deux saisons. On va balayer cette époque. Ensuite, j'ai connu Henri Bossi, Manu Peixoto, Paolo Amodio. Si on me sollicitait, j'intervenais toujours. Si le match se passait bien, on en discutait le lundi mais juste deux minutes. Je suis toujours resté en dehors des appréciations personnelles. D'accord de donner mon avis sur un choix tactique. Pas d'accord pour un choix d'hommes. Car après, il y un vestiaire à gérer. Chacun ses responsabilités. C'est au coach de décider quel homme à quelle place. Je n'ai pas parole d'évangile, mais quand ça ne collait pas, je préférais en parler.



• Avez-vous parfois senti que l'entraîneur ne tenait absolument pas compte de vos remarques?



Je n'ai pas toujours apprécié la gestion du groupe et l'approche humaine de Manuel Peixoto, mais j'aimais beaucoup ses séances d'entraînement. Il n'a pas su s'appuyer sur les cadres à l'époque dont je faisais partie. C'est dommage car on lui aurait rendu comme je l'ai rendu à tous les coaches avec qui j'ai bossé. C'est la seule fois où j'ai perdu le brassard au profit de Philippe Felgen lors d'un match à Dudelange. Peixoto n'est resté que cinq ou six mois au club parce que les cadres se sont soulevés. Mais je précise que c'est quelqu'un que je j'apprécie et que les choses se seraient peut-être passées différemment cinq ans plus tard.


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